Le numérique et la consommation d’énergie

Le vrai impact du numérique – 2. La consommation d’énergie

Par la facilité d’utilisation du numérique, les nombreuses offres gratuites (hébergement, cloud, services…), les débits de plus en plus rapides, le stockage de plus en plus important, les services 24/7 qui répondent instantanément (en principe…), l’aspect high tech de ses composants, la réduction de leur taille, bref, pour de multiples raisons nous perdons de vue la consommation d’énergie et pensons que le numérique coûte, certes pas rien, mais pas grand-chose. Dans l’article précédent, j’évoquais déjà que nous n’avons par forcément conscience de tout ce que représente le numérique, notamment : les formidables installations nécessaires pour stocker les informations, des nombreux réseaux nécessaires pour transporter les informations et les communiquer, et l’omniprésence des objets connectés, des composants numériques autour de nous, dans les objets au départ non numériques (voitures, montres, accessoires sportifs, équipements ménagers…).

QUELLE VALEUR ONT LES CHIFFRES QUI SUIVENT ?

D’abord, ils sont sûrement déjà obsolètes ou le seront très vite : d’une année sur l’autre, selon de quoi on parle, il peut y avoir de 5 à 20% de croissance.

Mais soyons clairs ! Ces chiffres ne posent pas problème, même si des estimations peuvent varier un peu. Aucun spécialiste ne les nie. Les entreprises du numérique (Amazon, Google, Microsoft…) savent parfaitement de quoi il retourne. Les gouvernants connaissent le dossier. Les différences sont ici :

  • Je vous propose une vue globale de cette consommation énergétique et une compréhension du pourquoi. Je vous invite à vous informer, à vérifier, à discuter, à réfléchir.
    Les entreprises du numériques et nos gouvernants préféreraient que nous n’en sachions rien, que nous ne nous posions pas ces questions embarrassantes, que nous ne cherchions surtout par à voir plus loin et interrogions la direction prise par ces entreprises avec l’appui des gouvernants.
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  • Je n’ai aucun intérêt à prendre partie pour ou contre. Ou plus exactement, mon seul intérêt est celui de la planète, des êtres vivants, des êtres humains et évidemment des sociétés humaines : car si l’être humain survit, mais dans une société qui ne lui assure plus une vie décente, c’est qu’on a peut-être raté quelque chose.
    Les entreprises du numérique ont des intérêts majeurs, elles sont les acteurs qui ont promu ce monde, qui fondent leur richesse et leur pouvoir sur la vente et l’utilisation de ces outils, technologies et services. Principe de base d’une enquête criminelle : à qui profite le crime ? Quant aux politiques, il suffit de voir les efforts du gouvernement chinois ces 20 dernières années pour arriver à un système numérique très performant permettant le contrôle social de la population… et l’intérêt de nos gouvernements occidentaux pour ce système : les dirigeants politiques y voient des intérêts majeurs pour contrôler la société.

Ce n’est pas notre actuel président qui me contredira : il encourage l’internet, le smartphone et l’ordinateur dans tous les secteurs de la vie sociale, il utilise de façon intensive internet et les services numériques, par exemple les outils de communication instantanée pour que tous les groupies applaudissent ou crient au bon moment lors de ses discours électoraux, ou les services de supervision de l’opinion publique en direct pour savoir où faire les discours les plus impactants et de quel sujet parler. Ne parlons pas de nos malheureux politiciens prêts à tout pour faire décoller leur carrière et rendre leur image de marque un peu moins terne, prêts notamment à payer des sociétés pour faire grimper en flèche le nombre de “friends” de leur profil, de “followers” de leur site et de “like” de leurs publications. Anecdotique, mais ô combien révélateur.
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ET DONC, QUELQUES CHIFFRES CLES ET DES COMPARAISONS ETONNANTES

Actuellement, le numérique (tout compris) consomme déjà 20% de l’électricité mondiale. Cela représente la production de plus de 150 réacteurs nucléaires. Si internet était un pays, il serait le troisième pays consommateur du monde, derrière la Chine et les Etats-Unis, non loin du second. Et cette consommation augmente de 20% par an, elle double en 4 ans ! C’est tout simplement énorme.

On estime que les data centers, ces énormes centre de stockage de données, consommeraient à eux seuls plus de 5% de l’électricité mondiale, peut-être plus de 8% ! Un data center, notamment à cause de sa climatisation, consomme autant qu’un ville de 30 000 habitants.

Les data centers, des gouffres énergétiques de plus en plus nombreux

En 2030, rien que l’internet et tout ce qui gravite autour consommera autant d’électricité que nous en produisions au total en 2008.

Et surtout, mettons les choses au clair : contrairement aux discours des marchands, voire des politiques, la consommation pour le numérique ne fait pas décroître la consommation électrique des autres secteurs ! C’est bien une consommation spécifique qui pour l’essentiel se rajoute à notre consommation déjà exorbitante. Les économies que permet le numérique dans quelques cas ne sont pas suffisantes : le numérique fait bel et bien croître notre consommation d’énergie globale, ce de façon rapide. Il est le aujourd’hui le principal facteur d’accroissement de la consommation énergétique mondiale !

Voilà quelques équivalences simples qui nous permettre de descendre du “cloud” pour rejoindre la terre :

  • j’envoie un email = une ampoule allumée 25 minutes
  • je fais une recherche par un moteur de recherche = une ampoule 12 W allumée pendant 2 heures
  • je télécharge un quotidien = une lessive avec le lave-linge
  • j’envoie une photo par mail = 500 mètres en voiture
  • je m’amuse à voir la vidéo du chat qui danse, comme 2,7 milliards d’internautes = l’électricité consommée annuellement par une petite centrale nucléaire (vous imaginez donc ce que coûte l’essentiel du trafic internet actuel : le streaming vidéo, Netflix et autres fournisseurs)
  • tous nos boîtiers internet allumés 24h/24 ? la production d’un réacteur nucléaire !

OU PASSE CETTE ENERGIE ?

A quoi est utilisée cette électricité ? Quand je clique sur un lien pour accéder à une page web :

  1. j’utilise bien sûr un équipement, ordinateur, tablette, smartphone, voiture, montre… dont la fabrication a eu un coût énergétique (il faut compter dans les coûts de fabrication ceux qui vont de l’extraction des matériaux nécessaires jusqu’au transport de l’objet jusqu’à nous)
  2. j’utilise l’électricité du secteur, voire en plus une batterie ou une pile qui ont eu un coût de fabrication
  3. j’ai un boîtier et des équipements de connexion qui ont eu un coût énergétique à la fabrication
  4. j’utilise un réseau, qui fait éventuellement le tour de la planète, et donc la construction, l’utilisation et la maintenance consomment beaucoup d’énergie
  5. je me connecte à un serveur qui marche en permanence, de plus en plus à une “ferme” de serveurs constituée de plusieurs ordinateurs pour assurer la continuité et la fluidité du service, et ça a un coût bien réel, très élevé
  6. et comme les données que j’envoie ou celles que je reçois sont stockées quelque part, il faut derrière mon clic, souvent à l’autre bout de la planète, des data-centers toujours plus grands, toujours plus impressionnants pour stocker toujours plus

J’allais oublier la meilleure : les composants numériques sont très polluants, pas vraiment biodégradables, et si nous voulons réduire cette pollution, nous devrions consommer encore de l’énergie d’énergie pour récupérer, trier, recycler ou transformer ces composants. Actuellement, c’est globalement trop coûteux : nous préférons le plus souvent polluer… mais c’est pour un autre article.

DES SOLUTIONS ?

Il y en a plus d’une. Il y en a principalement de 2 types : les vraies et les fausses. 😉

Il y a les solutions pensées par le monde numérique et ceux qui le défendent

Elles sont intéressantes à connaître. Elle reposent sur un postulat : le numérique est indispensable, il va continuer à se développer rapidement et massivement, et ceci n’est pas ouvert à discussion. Et on fait donc avec les solutions restantes. Rendre les composants moins consommateurs d’énergie, très bien. Rendre la fabrication ou la maintenance des composants numériques moins consommatrice d’énergie, très bien. Prenons l’exemple le plus représentatif : le principal coût du monde numérique est celui des data centers. Quelles sont les solutions trouvées pour qu’ils consomment moins d’énergie ? Comme beaucoup d’énergie est utilisé pour refroidir les machines, l’idée est donc d’aller dans les régions les plus froides de la planète pour y implanter ces installations. Et comme ceci va être massif, et bien nous allons remplacer un problème énergétique… par un problème écologique. Mais on s’en fout, le problème écologique ne se voit pas, du moins pas tout de suite, ce qui se voit tout de suite, ce sont les économies de budget. On économise de l’argent maintenant ? Alors c’est une bonne solution. On hypothèque l’avenir ? Pas grave, on verra plus tard, nos enfants ou nos petits-enfants se débrouilleront…

Vu la croissance rapide du secteur numérique, dans le cadre limité que se fixent les dirigeants économiques et politiques, il n’y a pas de solution. Ces solutions n’ont que des effets mineurs et donc très insuffisants. C’est comme vider la mer avec une petite cuillère, c’est assez dérisoire ! Qui plus est, nombre de ces solutions posent d’autres problèmes, pollution, impact écologique, impact climatique… et donc reviennent simplement à déplacer le problème ou à le reporter à un peu plus tard. Même avec tous les solutions techniques trouvées, la consommation d’énergie du numérique va continuer à augmenter, il faudrait un miracle scientifique et technologique pour que le numérique soit viable du point de vue énergétique.

Et donc il y a les vraies solutions

Ces solutions sont les seules à apporter des réponses satisfaisantes, réalistes, soutenables, au problème énergétique du numérique. Elles permettent un monde durable, un monde en équilibre, un monde qui marche. Mais les dirigeants qui veulent absolument de ce monde numérique ne veulent pas en entendre parler, c’est aussi simple que cela ! La première solution consiste à se poser les bonnes questions, à poser clairement le problème. Pendant un millions d’années, les humains ont très bien vécu sans numérique, pourquoi considérons-nous qu’il est maintenant impossible de vivre sans ? A quoi le numérique est-il vraiment indispensable ou au moins vraiment utile ? Si les coûts de certains aspects du numériques sont plus élevés que les gains, mais ne se révèlent qu’à moyen et long terme, acceptons-nous de faire un cadeau empoisonné à nos enfants ou nos petits-enfants sous prétexte que nous trouvons que le numérique, c’est “fun” ? Quels aspects du numérique sont-ils compatible avec l’avenir de l’humanité ?

Mais j’anticipe, j’arrête donc. Les prochains articles aborderont la consommation des matières premières, puis l’impact environnemental pour finir l’impact social. Nous aurons alors une vue d’ensemble, nous saurons où nous en sommes et où nous voulons aller.

Article précédent : “Le vrai impact du numérique – 1. C’est quoi, le numérique ?

Crédit photo : A compléter

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