D’abord, c’est quoi, le “numérique” ?

Le vrai impact du numérique – 1. D’abord, c’est quoi, le “numérique” ?

Je suis informaticien. Je travaille au cœur de la transformation numérique du monde, pour fabriquer des applications d’entreprises intranet/extranet/internet. Je publie sur Facebook, des blogs, des forums. J’ai un smartphone, un laptop, un ordinateur, un appareil photo, une voiture. Je télétravaille tout le temps, comme beaucoup en ce moment.

Quand l’informatique est sortie des grands centres de calcul dans les années 1980, j’étais émerveillé par les possibilités offertes. En tant que chercheur, je pus développer mes propres outils pour traiter mes données, en tant que passionné d’images, j’ai pu créer des outils de génération d’univers visuels nouveaux que certains artistes ne faisaient qu’entrevoir et esquisser. J’ai été enthousiasmé et le suis encore par de nombreuses possibilités du monde numérique.

Bref, je suis tout sauf un doctrinaire religieux qui refuse une technologie sous prétexte qu’elle serait mauvaise, contraire à un précepte divin ou à un ordre naturel. Je fais au contraire partie des enthousiastes de la première heure, lorsque l’informatique commença à envahir notre quotidien avec les premiers PC.

Quand je vais, article après article, apporter des arguments qui montrent qu’avec le numérique, nous sommes face à la pire catastrophe écologique et humaine qui sera jamais arrivée à l’humanité au cours de son histoire, croyez-moi : j’aimerais bien qu’il en soit autrement, que tous ces constats soient erronés ; j’ai bien réfléchi avant d’écrire, j’ai vérifié la validité et la portée des faits dont je ne rapporterai ici que les plus marquants.

Lorsque j’entends les politiciens et les vendeurs de produits/services numériques dire que le secteur numérique est bon pour l’environnement, qu’il remplace des activités qui ont un coût environnemental important par des systèmes qui ont un coût moindre, que numérique est presque synonyme d’écologique, je sais que rien n’est moins vrai.

Et ne parlons pas de l’enthousiasme autour des merveilles que permettent le numérique, des progrès de tous ordres que l’humanité va connaître grâce à cela, de l’exaltation béate du “Nous voilà tous connectés les uns aux autres”. Là encore, grâce aux scientifiques et experts indépendants, je constate une réalité bien différente.

Je suis informaticien, enthousiasmé par cette technologie, utilisateur consentant et même volontaire. Dois-je pour autant ne plus regarder la réalité en face ? N’est-ce pas au contraire un devoir, lorsqu’on participe au développement d’une technologie qui bouleverse autant notre monde, de se poser des questions qui voient un peu plus loin que le bout de son smartphone ? Aucune technologie n’a eu par le passé un impact aussi important et aussi rapide sur le monde. C’est ce que je vais essayer de montrer au cours de quelques articles.

Je suis optimiste : à tout moment, nous pouvons dire “stop”, “machine arrière”, “ralentissons”, “changeons de cap”, “modifions notre façon de vivre”, “soyons des utilisateurs responsables”. C’est juste une question de prise de conscience.

Pardon pour ce long préambule. Commençons par le début : c’est quoi, le numérique ? C’est beaucoup plus que ce à quoi nous pensons immédiatement (ordinateur, internet, smartphone). Mentionnons 3 principaux aspects du numériques auxquels nous pensons peu ou pas spontanément.

Des réseaux partout, dans l’eau, la terre, l’air…

L’impressionnant câblage des océans en 2018. Juste un réseau parmi d’autres, bien moins dense que les réseaux terrestres.

Les réseaux sont de plus en plus nombreux, couvrent de plus en plus la surface de la planète, et sont de plus en plus denses : câbles sous-marins et terrestres, fibre, ADSL, satellites, réseaux de téléphone fixes et mobiles 2G, 3G, 4G, 5G…, WAP, réseaux de diffusion radio-TV, équipements Wifi, Bluetooth, NFC… c’est énorme ! Ces réseaux doivent chaque année faire passer un nombre d’information beaucoup plus grand que l’année précédente. Et bien sûr, plus les réseaux deviennent puissants, plus les applications… et les utilisateurs (particuliers, entreprises…) deviennent gourmands. Tous les 2 ans, le volume de données transmises fait plus que doubler. Colossal !

Des équipements “intelligents” et “objets connectés”

Il manque les montres, les équipements sportifs, les trains, les avions et bien d’autres choses

Les industries fabriquent de plus en plus des objets connectés qui intègrent les composants numériques et la connexion internet à leurs équipements (voitures, maison, montres…), et des machines aux automatismes de plus en plus sophistiqués : robot aspirateur, voiture “intelligente”, robot d’assistance à la personne… Chaque année voit se multiplier les objets connectés et “intelligents”, aussi bien dans le nombre d’objets vendus que dans la diversité des utilisations. Presque 15% de croissance annuelle. Enorme !

Les “Data Centers”

Eh oui, si l’on transfère chaque année plus d’information, il faut bien que cette information vienne de quelque part ou qu’elle y aboutisse. Les centres de données sont de vastes entrepôts contenant un réseau d’ordinateurs dédiés au stockage.

C’est le “cloud”, un cloud qui est bien sûr terre, et qui ne produit pas que de la vapeur d’eau ! Pour assurer ses qualités de résilience au “cloud”, il faut que l’information soit dupliquée de façon à ce que la perte d’un moyen de stockage n’entraîne pas la perte de données, et pour assurer sa disponibilité, ces centres tournent donc 24h/24, 7j/7, toute l’année. Par comparaison, les moyens de stockage des entreprises pouvaient au départ ne tourner que les jours ouvrés et aux heures d’ouverture, ce qui réduisait plus que de moitié la consommation électrique. Et les moyens de stockage personnels ne tournaient que peu, juste le moment où le particulier fait fonctionner son ordinateur, voire branche son support externe, et là, le rapport est plutôt de 1 à 100 ! Croissance de 20% en 2020. Enorme !

Le nuage grossit. A quand l’orage ?

Les activités informatisées

Lorsque nous pensons au numérique, nous omettons souvent les activités humaines “traditionnelles”, réalisées par des non informaticiens, mais dont la réalisation actuelle passe en totalité ou en grande partie par le numérique. La secrétaire qui passe sa semaine devant l’ordinateur n’est pas considérée comme une informaticienne. L’enfant qui passe une bonne partie de sa journée à interagir avec des équipements numériques n’est pas considéré comme un informaticien. L’agriculteur qui va sur internet pour l’info météo, fait sa comptabilité et pilote certains de ses équipements par ordinateur, vend et achète en ligne, est encore moins considéré comme un informaticien… Tous 3 sont pourtant au cœur du numérique, et leur vie professionnelle ou personnelle serait totalement différente sans le numérique.

La nouvelle génération : une vie entièrement basée sur le numérique ?

Il faut donc bien distinguer le secteur du numérique, en France (5% des emplois et plus de 5% du PIB) du monde numérique, qui compte en France plus de 60 millions d’utilisateurs intensifs, est partout présent dans le travail comme dans la vie personnelle. Une bonne façon d’estimer ce que représente le numérique dans nos sociétés est de répondre à cette question : si nos réseaux ou nos équipements numériques tombent en panne, combien de nos activités pouvons-nous encore réaliser ? Jusqu’où notre vie serait-elle impactée, notre machine économique pourrait-elle encore fonctionner ? Nos dirigeants font tout pour rendre nos sociétés toujours plus dépendantes vis-à-vis du numérique, et n’envisagent pas un seul instant un plan B, une alternative d’utilisation “raisonnée” du numérique, ou simplement un plan de secours en cas de problème. Et nos comportements de consommation numérique entérinent ce choix.

Article suivant : “Le vrai impact du numérique – 2. La consommation d’énergie

Crédit photo : Câblage fibre optique des océans : Données INEGI Google 2018 / Objets connectés : Freepik / Data Center : PxHere / Jeune enfant et smartphone : Helena Jankovičová Kováčová de Pixabay


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